Dans les forêts matures, les grands arbres attirent la plupart des regards. Pourtant, des plantes plus discrètes ont parfois des histoires tout aussi intéressantes à raconter. Dans le sous-bois ombragé des forêts de l’est de l’Amérique du Nord pousse un arbuste rampant et étalé qui revêt une importance botanique nationale au Canada en raison de son rôle crucial en médecine humaine. L’if du Canada, Taxus canadensis, prospère dans les sols riches sous le couvert des sapins baumiers, des épinettes et des feuillus matures. Dans la région d’Ottawa, on peut l’observer formant un couvre-sol vigoureux dans la forêt Pinhey et le long de la rivière Jock.
L’if du Canada forme des masses étalées qui ne dépassent pas cinq pieds de hauteur, mais peuvent atteindre huit pieds de largeur. Des colonies se forment lorsque ses branches touchent le sol, s’enracinent et produisent de nouvelles pousses, créant progressivement un vaste tapis végétal. Ses aiguilles persistantes, plates et longues d’environ un pouce, sont d’un vert foncé lustré sur le dessus et plus pâles, avec des bandes, en dessous. Terminées en pointe, elles sont disposées en spirale autour des rameaux. Les branches paraissent toutefois aplaties, car les aiguilles du dessus et du dessous se tournent sur les côtés. Comme chez les autres conifères, les structures reproductrices mâles et femelles distinctes passent facilement inaperçues. Situées à l’aisselle des feuilles, ces petites structures semblables à des cônes — les strobiles — ressemblent à des bourgeons écailleux.
L’élément le plus remarquable de l’if est son cône. Contrairement aux cônes secs et ligneux de la plupart des conifères, ceux de l’if portent des arilles rouge vif : des enveloppes charnues ouvertes à une extrémité, qui laissent voir une grosse graine. Des oiseaux comme les jaseurs d’Amérique, les grives et les gélinottes huppées se nourrissent de ces arilles et sont les principaux agents de dispersion des graines.
En raison de sa dépendance envers les forêts matures, l’if du Canada tolère très mal l’exploitation forestière, les incendies et les autres perturbations majeures. Les changements climatiques pourraient également menacer cette espèce, qui pousse mieux dans un milieu stable où l’humidité demeure constante. Par le passé, la récolte représentait une menace importante pour ses populations.
Dans les années 1970, des alcaloïdes anticancéreux ont été découverts dans l’écorce de l’if de l’Ouest, Taxus brevifolia. Le paclitaxel, un médicament contre le cancer, en a été tiré. La récolte a entraîné un déclin des populations sauvages. La perspective de pénuries a stimulé la recherche sur d’autres espèces d’ifs. On a découvert que l’if du Canada contenait les mêmes composés recherchés. Merci, if!
Aujourd’hui, l’industrie canadienne de la culture des ifs en pépinière fournit des ingrédients destinés aux médicaments anticancéreux sans appauvrir davantage les populations sauvages.
L’if du Canada fera partie de Canadensis, le jardin botanique national du Canada à Ottawa.